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EPT Monte-Carlo 2026 : Bilan d'un Festival Mythique

Le vieux FouLe vieux Fou8 min de lecture
EPT Monte-Carlo 2026 : Bilan d'un Festival Mythique

Onze jours de tournois sous le soleil méditerranéen, des milliers d'entrants cumulés, des prize pools qui font tourner la tête, et des regards qui scrutent la baie depuis le Sporting Monte-Carlo entre deux niveaux de blinds. L'EPT Monte-Carlo 2026 s'est conclu le 10 mai dernier, et comme chaque année, l'étape monégasque a réuni le gratin du poker européen autour de son Main Event mythique. Avec le retour spectaculaire de l'EPT Paris en début d'année, Monte-Carlo n'avait pas pour mission de réinventer la roue, mais de continuer à incarner ce qu'elle représente depuis 2005 : la classique du circuit, le rendez-vous incontournable, le festival où l'on passe parce qu'on doit y passer. Bilan d'une édition réussie sans bouleverser les codes.

Le cadre : Monte-Carlo, presque inchangé depuis 21 ans

L'EPT a fait son entrée à Monte-Carlo en 2005, à l'apogée du boom poker post-Moneymaker. Vingt et un ans plus tard, le festival se tient toujours au Sporting Monte-Carlo, en bord de mer, avec son hall de tournoi panoramique qui surplombe la Méditerranée, ses pauses-cigarette sur la terrasse, et ses dîners au Café de Paris pour les pros qui ont les moyens. Ce qui est étonnant, c'est combien l'enveloppe extérieure du festival a peu changé en deux décennies. Les buy-ins ont monté (le Main Event est passé de 5 300€ à 5 300€ après quelques flottements à 8 000€ et 10 000€ dans les années intermédiaires), les fields se sont stabilisés autour de 1000-1500 entrants, et l'ambiance "petite ville princière qui accueille un grand festival" reste la signature qui fait Monte-Carlo.

L'édition 2026, du 30 avril au 10 mai, n'a pas fait exception. Buy-in du Main Event à 5 300€, structure classique deepstack avec niveaux de 75 minutes en Day final, plusieurs side events emblématiques (€1 100 Eureka High Roller, €25 750 Single Day High Roller, €50 000 Super High Roller), et un programme satellite généreux côté online via PokerStars FR pour permettre aux amateurs francophones de tenter leur qualification.

Le Main Event : un field solide, une finale relevée

Le Main Event 2026 a attiré 1 247 entrées sur trois Day 1 réparties les 4, 5 et 6 mai. Field comparable à 2025 (1 290 entrées) et globalement dans la moyenne historique de l'étape sur les dix dernières années. Le prize pool brut s'est établi à 6,6 millions d'euros, avec une bourse premier de 1,2 million d'euros pour le vainqueur.

La finale s'est tenue le 10 mai après deux Day 2 et 3 tendus, avec une diversité géographique typique de l'EPT : trois Britanniques, deux Français, un Allemand, un Espagnol, un Brésilien. Le vainqueur, Lucas Bertoletti (Brésilien naturalisé italien), a empoché les 1,2 million d'euros et son premier titre EPT. Côté français, Jonathan Therme (déjà vainqueur d'un titre EPT en 2024) a terminé 4e pour 410 000 euros, et Hugo Bayle a fini 7e pour 195 000 euros. Performance honorable pour la délégation tricolore, dans la moyenne haute des éditions récentes.

L'ambiance de la finale a été suivie en streaming sur la chaîne PokerStars Twitch, avec commentaires en français, espagnol, anglais et portugais en simultané. La diffusion a cumulé plus de 220 000 viewers cumulés sur les deux journées de finale, chiffre solide qui confirme que le format streaming reste un produit d'appel pour PokerStars en 2026.

Les High Rollers : la vraie attraction des pros

Si le Main Event reste l'événement médiatique principal, les High Rollers sont devenus la véritable attraction technique du festival. Trois événements ont structuré la semaine.

L'Eureka High Roller à 1 100€ a réuni 1 850 entrants sur trois Day 1, pour un prize pool de 1,8 million d'euros. C'est l'événement "passerelle" qui attire à la fois les amateurs sérieux qui montent en gamme et les pros qui jouent en parallèle des autres High Rollers. Le vainqueur, Daniel Smiljkovic (Allemand), a empoché 280 000 euros.

Le Single Day High Roller à 25 750€ a attiré 167 entrées sur une journée unique, structure turbo, prize pool 4,1 millions d'euros. Le vainqueur, Stephen Chidwick (Britannique, légende du circuit High Stakes mondial), a empoché 990 000 euros pour quelques heures de jeu seulement.

Le Super High Roller à 50 000€ a réuni 96 entrées (avec re-entries), pour un prize pool de 4,7 millions d'euros. Field ultra-tough avec quasiment tous les noms du High Stakes mondial : Phil Ivey (rare apparition européenne), Adrián Mateos, Steve O'Dwyer, Ole Schemion, Igor Kurganov. Le vainqueur, Adrián Mateos pour son cinquième titre EPT en carrière, a empoché 1,4 million d'euros et confirmé son statut de meilleur joueur espagnol de l'histoire du circuit.

Sur ces trois événements, environ 8 millions d'euros se sont distribués en High Rollers, soit plus que sur le Main Event. La hiérarchie traditionnelle "Main Event = roi du festival" s'efface progressivement au profit d'une économie où les High Rollers concentrent l'attention financière et les High Stakes pros.

Les side events : un festival dans le festival

Au-delà des têtes d'affiche, l'EPT Monte-Carlo a proposé son habituelle palette de side events accessibles à des buy-ins de 200 à 2 200 euros. Plusieurs formats ont rencontré un succès notable.

Le Mystery Bounty à 2 200€ a réuni 850 entrées, prize pool 1,7 million d'euros, avec une mystery bounty maximale de 100 000 euros qui a récompensé un joueur amateur britannique au quatrième niveau du tournoi. Le format Mystery Bounty continue son ascension irrésistible sur le circuit live.

Le Ladies Event à 330€ a attiré 142 joueuses, plus haut field de l'événement depuis cinq ans. La gagnante, Lucia Navarro (Espagne), a empoché 12 500 euros et a déclaré en post-victoire vouloir consacrer son année 2026-2027 à la qualification pour le Main Event WSOP. Symptomatique de la dynamique de la scène féminine européenne en 2026, dans la lignée de la montée en visibilité du poker féminin francophone.

Le NLO8 (Pot Limit Omaha Hi-Lo) à 1 100€ a réuni 280 entrants, signe que les variants gagnent du terrain auprès des amateurs sérieux qui veulent diversifier leurs formats.

Le 6-Max Turbo à 5 300€ a fait carton plein avec 380 entrées, structure ultra-courte avec niveaux de 30 minutes. Format qui plait aux pros pour son ROI horaire élevé et la possibilité d'enchaîner avec d'autres événements le même jour.

Les performances françaises

La délégation francophone a réalisé une édition correcte sans atteindre les sommets. Quelques chiffres clés.

Sur le Main Event, 8 Français en places payées sur 192 ITM totaux. Outre les performances Therme et Bayle déjà citées, Mathieu Caprais a terminé 23e (32 000€), Antoine Saout 41e (19 500€), Charlotte Van Brabander 67e (12 000€), Romain Lewis 89e (9 500€), Damien Salomon 124e (7 500€), et Estelle Denis 178e (5 500€).

Sur les High Rollers, Adrián Mateos a évidemment dominé en gagnant le Super High Roller, mais côté français, Jules Dickerson et Hugo Pingray ont atteint la table finale du Single Day High Roller (respectivement 5e et 8e), pour des prizes de 220 000 et 110 000 euros.

Sur les side events, plusieurs cashs notables côté français : Frédéric Petit a gagné le NL Hold'em à 1 650€ pour 165 000 euros (premier titre EPT pour le joueur lyonnais), Aurélien Guiglini a remporté le 8-Max Bounty à 2 200€ pour 240 000 euros, et la jeune génération a brillé sur les formats turbo avec plusieurs Top 10 pour des joueurs comme Mathieu Bouvier ou Théo Klein.

Bilan financier pour la délégation française : environ 4,5 millions d'euros gagnés cumulés sur le festival, performance dans la moyenne historique mais inférieure au record de 2025 (5,8 millions d'euros). Les analystes du circuit attribuent cette légère baisse à l'absence d'un "mega cash" côté français cette année (pas de top 3 sur le Main Event), un facteur qui peut faire varier le résultat collectif de plusieurs millions d'euros d'une édition à l'autre.

L'ambiance et le ressenti

Au-delà des chiffres, l'expérience EPT Monte-Carlo 2026 a globalement reçu des retours positifs des participants. Trois éléments ont été particulièrement remarqués.

La logistique impeccable. Le Sporting Monte-Carlo, rodé à l'exercice depuis 21 ans, a une fois de plus assuré une expérience fluide : enregistrements rapides, dealers professionnels (équipes mises à disposition par PokerStars Live), gestion des pauses, communication claire en français, anglais, espagnol et italien. Les irritants logistiques classiques d'autres festivals (queues d'enregistrement, retards de démarrage, problèmes informatiques) ont été quasi absents.

La diversité des âges et profils. L'édition 2026 a vu cohabiter trois générations : les vétérans des débuts EPT (Bertrand "ElkY" Grospellier, Liv Boeree en visite, Joe Hachem), la génération du milieu (Mateos, Schemion, Bayle), et la nouvelle vague des joueurs nés post-2000 qui font leur premier EPT en 2026. Cette transmission générationnelle, peu fréquente dans les autres sports cognitifs, est l'une des particularités de la communauté poker.

Le contexte estival agréable. Monte-Carlo en mai est un cadre privilégié : températures douces, climat sec, mer Méditerranée toujours bleue. Les joueurs francophones ont pu prolonger leur séjour avec des excursions à Nice, Èze ou la Côte d'Azur ligure entre deux journées de tournoi. Pour beaucoup, le festival reste autant un moment de communauté qu'une compétition pure.

Le contexte concurrentiel : Monte-Carlo dans le circuit 2026

L'édition 2026 de l'EPT Monte-Carlo s'est inscrite dans un calendrier européen de plus en plus chargé. Plusieurs concurrents directs ou indirects ont influencé le positionnement.

L'EPT Paris en février a déjà absorbé une partie du field francophone qui aurait historiquement fait Monte-Carlo. Avec un Main Event Paris à 5 300€ et des fields supérieurs à 4 000 entrants, Paris a structurellement réduit l'attrait Monte-Carlo pour les amateurs hexagonaux.

Le Battle of Malta fin mai (post-Monte-Carlo) propose une alternative budget avec un Main Event à 500-1000€. Pour les joueurs amateurs qui ne peuvent pas se permettre les deux, le choix Monte-Carlo vs Malte se pose, et beaucoup arbitrent désormais en faveur de Malte.

L'Estoril Poker Fest Winamax du 12-17 mai (juste après Monte-Carlo), comme détaillé dans l'article dédié, a aussi capté une partie de l'audience francophone qui cherche un festival accessible géographiquement et financièrement.

Le PokerStars Open Namur fin mai-début juin attire les Belges et Hollandais qui auraient pu choisir Monte-Carlo, et la WSOP Las Vegas qui démarre le 26 mai monopolise l'attention des Pros qui veulent partir à Vegas.

Dans ce contexte saturé, Monte-Carlo joue un rôle de "premium classique" : moins gros field qu'avant, mais clientèle premium fidèle, prestige intact, retour stable des regs européens. La marque EPT Monte-Carlo n'est pas en danger, mais elle ne croît plus. C'est probablement l'enjeu de la décennie pour le circuit : maintenir le positionnement haut de gamme sans céder à la course aux fields massifs.

Ce que cette édition dit du circuit en 2026

L'EPT Monte-Carlo 2026 confirme plusieurs tendances de fond du poker live européen en 2026.

D'abord, la fragmentation des budgets. Les amateurs qui pouvaient faire deux ou trois festivals par an dans les années 2010 doivent désormais choisir : EPT Paris OU EPT Monte-Carlo, Estoril OU Malte. Le marché se segmente entre des amateurs "premium" qui suivent encore la totalité du circuit, et une masse plus large qui choisit son festival annuel selon le portefeuille et la géographie.

Ensuite, la professionnalisation du High Stakes. Les High Rollers Monte-Carlo distribuent désormais plus de prize money que le Main Event, et les fields y sont composés à 90% de pros internationaux. Cette concentration de capital sur les hauts buy-ins crée un circuit dans le circuit, peu accessible aux amateurs mais ultra-suivi médiatiquement.

Enfin, l'évolution des formats. Le Mystery Bounty continue de gagner du terrain, les variants comme le NLO8 trouvent leur public, et les formats turbo ou single day attirent de plus en plus les pros qui cherchent à maximiser leur ROI horaire. Le NLH classique deepstack reste roi, mais il n'est plus seul.

Et après ?

Pour les joueurs francophones, l'agenda live des prochaines semaines est dense. Le PokerStars Open Namur démarre le 27 mai, l'Estoril Poker Fest s'achève le 17 mai, et la WSOP Las Vegas occupe l'agenda jusqu'à mi-juillet. Pour qui veut planifier sa fin d'année live, le calendrier des tournois live en France 2026 et les festivals européens à venir restent les références.

L'EPT Monte-Carlo a déjà confirmé son retour pour 2027 avec des dates dans la même fenêtre fin avril-début mai. Pour qui veut tenter sa chance dans la classique du circuit, les satellites online sur PokerStars FR rouvriront en début d'année prochaine, avec des qualifications dès 2,20€. Le Monte-Carlo dream reste à portée de quelques heures de jeu intelligent. Et pour qui s'imagine qu'il faudra absolument être à Monte-Carlo en 2027, rappelez-vous : à 5 300€ le buy-in, le poker est aussi une question de bankroll bien gérée. La Principauté ne va pas disparaître, et l'EPT Monte-Carlo n'attend que ceux qui peuvent se permettre d'y aller proprement.